Allocution prononcée par Francine Lemay lors du lancement du livre
le 11 juillet 2010 à Kanehsatake
Chers amis,
Chers invités,
C’est pour moi un honneur et un grand plaisir d’être ici parmi vous pour le lancement du livre À l’orée des bois, la version française de At the Woods’Edge, une anthologie de l’histoire du peuple de Kanehsatake écrite il y a quelques années par deux auteures mohawks que vous avez eu le privilège d’entendre il y a quelques instants.
Cette histoire du peuple de Kanehsatake avant et après l’arrivée des Européens en Amérique jusqu’à la crise d’Oka, que j’ai lue pour la première fois il y a six ans, m’a vivement bouleversée, mais aussi instruite sur des réalités qui m’étaient inconnues. Ce n’est pas leur point de vue par rapport à celui des non-autochtones, mais bien le fruit de quatre années de recherches laborieuses où les auteures ont consulté de nombreuses archives et rassemblé des documents pertinents à leur histoire. Elles y ont trouvé des révélations étonnantes et troublantes. C’est cette histoire que j’ai voulu traduire bénévolement pour le bénéfice de tous.
La méconnaissance nous fait souvent porter des jugements ou généraliser tout un groupe d’individus. On ne vient pas au monde avec des préjugés. Les mythes se construisent peu à peu, se transmettent, se perpétuent et s’ancrent dans la psyché sociale historique. Ils se transforment en barricades qui séparent les peuples, les nations et même les voisins. Elles deviennent extrêmement difficiles à démanteler.
Une suite d’événements, que j’appelle des rendez-vous divins et non des coïncidences heureuses, m’ont amenée sur le chemin de la guérison intérieure et de la réconciliation avec les Mohawks de Kanehsatake. Ce n’est qu’après avoir lu le livre Fenêtre d’espoir… et de réconciliation de Donald Gingras, qui raconte sa réconciliation avec les Anglos canadiens, que l’idée m’est venue de traduire At the Woods’Edge. Imprégnée d’une conviction profonde de transmettre cette information à tous les francophones, dès mars 2009, j’ai obéi à ce que mon cœur me dictait en allant de l’avant dans ce projet de traduction avec l’approbation des gens concernés.
Mon but est d’abord d’informer, mais il vise aussi à faire tomber les barrières d’incompréhension, de méfiance et de ressentiment afin que, Blancs comme Autochtones, puissent se regarder et se côtoyer sans idées préconçues ni rancune. Cela ne va pas de soi, mais c’est possible puisque, moi, qui ai connu la douleur de perdre mon frère dans cette crise qui a troublé tout le Québec, j’ai pu, grâce à Dieu, comprendre celle des Mohawks de Kanehsatake et considérer leur perte à travers les siècles. Ma réconciliation avec eux m’a permise par la suite d’établir de véritables liens d’amitié avec plusieurs membres de la communauté.
Quand je regarde une personne, ce que je vois en premier est un être humain qui a les mêmes désirs et les mêmes besoins que moi, c’est-à-dire aimer et être aimé. Et quand j’en sais un peu plus long sur son arrière-plan et son histoire, je peux alors plus facilement comprendre sa situation présente. C’est ce que j’ai vécu en lisant et en traduisant At the Woods’Edge.
Mon souhait le plus cher est qu’après avoir lu ce livre, vous puissiez considérer la source de vos propres conceptions, les remettre en question et emprunter vous-même le chemin de la réconciliation, si cela n’est pas déjà fait. Il revient à chacun de démanteler ses propres barricades qui existent dans son cœur et dans son esprit. Je crois sincèrement que le sang de mon frère, qui a coulé tout près d’ici dans la pinède, servira à quelque chose de beaucoup plus grand que quiconque peut actuellement imaginer. Même si sa mort est inacceptable, injustifiable et irremplaçable, elle n’aura pas été vaine.
Sur nos plaques d’immatriculation, nous pouvons lire les mots : « Je me souviens ». Mais comment pouvons-nous nous souvenir de quelque chose que nous ne savons pas? Et avons-nous oublié que la négociation plutôt que la confrontation est la voie par excellence? Apprenons-nous de nos erreurs pour que nous puissions éviter de répéter et faire mieux? Je crois fermement que l’assaut qui a eu lieu ici il y a 20 ans était une erreur et un échec. Un simple travail de médiation aurait pu éviter la crise d’Oka, la mort d’un homme qui était un agent de la paix qui aimait la vie et sa famille, et économiser plusieurs millions de dollars.
C’est ma ferme conviction que nous pouvons tous être des agents de la justice, des ministres de la réconciliation, des ambassadeurs de bonne volonté et des artisans de la paix. Le choix appartient à chacun. Personne n’y est contraint. Nous pouvons tous faire une différence. Les mots pardon, foi, espoir et partage ne sont pas démodés, mais bien actuels et transformateurs.
Pour connaître les détails de ma démarche et de mon cheminement vers ma réconciliation avec le peuple Mohawk, je vous invite à consulter le site www.francinelemay.com
Merci beaucoup.
Nia:wen kowa
Chers amis,
Chers invités,
C’est pour moi un honneur et un grand plaisir d’être ici parmi vous pour le lancement du livre À l’orée des bois, la version française de At the Woods’Edge, une anthologie de l’histoire du peuple de Kanehsatake écrite il y a quelques années par deux auteures mohawks que vous avez eu le privilège d’entendre il y a quelques instants.
Cette histoire du peuple de Kanehsatake avant et après l’arrivée des Européens en Amérique jusqu’à la crise d’Oka, que j’ai lue pour la première fois il y a six ans, m’a vivement bouleversée, mais aussi instruite sur des réalités qui m’étaient inconnues. Ce n’est pas leur point de vue par rapport à celui des non-autochtones, mais bien le fruit de quatre années de recherches laborieuses où les auteures ont consulté de nombreuses archives et rassemblé des documents pertinents à leur histoire. Elles y ont trouvé des révélations étonnantes et troublantes. C’est cette histoire que j’ai voulu traduire bénévolement pour le bénéfice de tous.
La méconnaissance nous fait souvent porter des jugements ou généraliser tout un groupe d’individus. On ne vient pas au monde avec des préjugés. Les mythes se construisent peu à peu, se transmettent, se perpétuent et s’ancrent dans la psyché sociale historique. Ils se transforment en barricades qui séparent les peuples, les nations et même les voisins. Elles deviennent extrêmement difficiles à démanteler.
Une suite d’événements, que j’appelle des rendez-vous divins et non des coïncidences heureuses, m’ont amenée sur le chemin de la guérison intérieure et de la réconciliation avec les Mohawks de Kanehsatake. Ce n’est qu’après avoir lu le livre Fenêtre d’espoir… et de réconciliation de Donald Gingras, qui raconte sa réconciliation avec les Anglos canadiens, que l’idée m’est venue de traduire At the Woods’Edge. Imprégnée d’une conviction profonde de transmettre cette information à tous les francophones, dès mars 2009, j’ai obéi à ce que mon cœur me dictait en allant de l’avant dans ce projet de traduction avec l’approbation des gens concernés.
Mon but est d’abord d’informer, mais il vise aussi à faire tomber les barrières d’incompréhension, de méfiance et de ressentiment afin que, Blancs comme Autochtones, puissent se regarder et se côtoyer sans idées préconçues ni rancune. Cela ne va pas de soi, mais c’est possible puisque, moi, qui ai connu la douleur de perdre mon frère dans cette crise qui a troublé tout le Québec, j’ai pu, grâce à Dieu, comprendre celle des Mohawks de Kanehsatake et considérer leur perte à travers les siècles. Ma réconciliation avec eux m’a permise par la suite d’établir de véritables liens d’amitié avec plusieurs membres de la communauté.
Quand je regarde une personne, ce que je vois en premier est un être humain qui a les mêmes désirs et les mêmes besoins que moi, c’est-à-dire aimer et être aimé. Et quand j’en sais un peu plus long sur son arrière-plan et son histoire, je peux alors plus facilement comprendre sa situation présente. C’est ce que j’ai vécu en lisant et en traduisant At the Woods’Edge.
Mon souhait le plus cher est qu’après avoir lu ce livre, vous puissiez considérer la source de vos propres conceptions, les remettre en question et emprunter vous-même le chemin de la réconciliation, si cela n’est pas déjà fait. Il revient à chacun de démanteler ses propres barricades qui existent dans son cœur et dans son esprit. Je crois sincèrement que le sang de mon frère, qui a coulé tout près d’ici dans la pinède, servira à quelque chose de beaucoup plus grand que quiconque peut actuellement imaginer. Même si sa mort est inacceptable, injustifiable et irremplaçable, elle n’aura pas été vaine.
Sur nos plaques d’immatriculation, nous pouvons lire les mots : « Je me souviens ». Mais comment pouvons-nous nous souvenir de quelque chose que nous ne savons pas? Et avons-nous oublié que la négociation plutôt que la confrontation est la voie par excellence? Apprenons-nous de nos erreurs pour que nous puissions éviter de répéter et faire mieux? Je crois fermement que l’assaut qui a eu lieu ici il y a 20 ans était une erreur et un échec. Un simple travail de médiation aurait pu éviter la crise d’Oka, la mort d’un homme qui était un agent de la paix qui aimait la vie et sa famille, et économiser plusieurs millions de dollars.
C’est ma ferme conviction que nous pouvons tous être des agents de la justice, des ministres de la réconciliation, des ambassadeurs de bonne volonté et des artisans de la paix. Le choix appartient à chacun. Personne n’y est contraint. Nous pouvons tous faire une différence. Les mots pardon, foi, espoir et partage ne sont pas démodés, mais bien actuels et transformateurs.
Pour connaître les détails de ma démarche et de mon cheminement vers ma réconciliation avec le peuple Mohawk, je vous invite à consulter le site www.francinelemay.com
Merci beaucoup.
Nia:wen kowa